Cher Père Noël…

Décembre, l’Avent, la magie de Noël, les odeurs de mandarines, de cacahuètes et de cannelle… Le bonheur de trouver LE cadeau qui va enchanter nos proches. Pour vous aider, voici le résultat de notre petite enquête informelle auprès de nos fidèles lecteurs passionnés d’innovation.

Pour Josiane ce sera des bouchons d’oreilles diffusant de la musique. De cette façon, les ronflements de sa douce moitié deviendront un lointain souvenir. D’un autre côté, elle pourra programmer son réveil individuellement sans extraire sa toujours tout aussi douce moitié des bras de Morphée.

Annick a demandé au Père Noël la gourde audio connectée pour pédaler tout en douceur et en musique. Cette gourde révolutionnaire a une portée de 10 m, ce qui fait rêver Annick qui ne comprend absolument pas pourquoi sa gourde pourrait s’éloigner de son vélo. Enfin un cadeau rien que pour elle qui lui changera du fer à repasser de l’an dernier. Bonus, il lui faudra bien une année pour évaluer l’utilité de cette gourde parce que, quand même, un cadeau totalement inutile cela lui semble tout à fait incongru.

Pour Alexandra ce sera une poêle à frire connectée à son smartphone avec capteur de température. Ainsi, après avoir choisi la recette sur son application mobile, Alex, plongée dans son bain moussant, gèrera à distance la cuisson de son saumon aux brocolis sans être incommodée par les odeurs. Au final, elle réussira peut-être à vaincre sa néophobie alimentaire et à manger du poisson pour Nouvel An.

Et finalement, pour être totalement en phase avec la tendance 2015, Natalie et moi (les deux rédactrices) offrirons à nos conjoints respectifs une « smart balance wheel ». Cet engin surprenant ouvre une voie totalement inédite dans l’histoire de la mobilité douce (pas si mobile que ça, pas si douce que ça). Il permet de faire le tour de son salon, d’épater ses enfants (et oui, nous nous sommes exercées avant de l’offrir…), de se rappeler que dans notre jeunesse les planches à roulettes existaient déjà et… que le temps passe vite, trop vite! Toutefois, nous ne sommes pas convaincues que nos conjoints apprécieront à sa juste valeur ce cadeau pourtant destiné à conserver leur équilibre (on ne dit pas lequel) dans ce monde high-tech que nous leur imposons tout au long de l’année. Le côté précurseur de ce cadeau à nul autre pareil risque pourtant d’échapper à l’esprit cartésien de nos hommes. Nous devrions peut-être l’offrir à nos ados.

Reste une grande inconnue, mais que va nous offrir le Père Noël?

Cette année nous avons innové, nous lui avons donné carte blanche.

P.-S.: Père Noël, si tu lis cette chronique, sache que Natalie serait très intéressée par le masque de ski avec jeux, messagerie et GPS intégré, pilotable du regard. Il lui permettra d’être moins stressée sur le télésiège quand elle doit enlever ses gants pour consulter son smartphone.

Chronique écrite en collaboration avec Natalie Sarrasin, professeur de marketing à la HES-SO Valais

Parlons connexion!

Novembre 2015, Lausanne, bus 12, Anaïs et Aloïs, 23 ans, lèvent les yeux de leurs smartphones, échangent un regard furtif et, gênés, retournent très vite à leur univers virtuel. Quoique… Tous deux ouvrent l’app «Tinder» pour tenter d’identifier le propriétaire du regard croisé. Bingo, la flamme s’allume, matching réussi. La discussion virtuelle débute.

Quelques semaines plus tard, 11 h 15, Anaïs et Aloïs décident de passer à la vitesse supérieure. Et s’ils mangeaient ensemble? Où se passera donc ce premier repas?

Le choix n’est pas si simple. Que disent leurs bracelets connectés? Tout d’abord évaluer leurs besoins nutritionnels respectifs. Le verdict tombe d’on ne sait trop où. Anaïs a besoin de vitamine B9 et d’iode, un tartare d’algues aux brocolis semble la solution idéale pour combler ses carences du jour. Aloïs est partagé entre les recommandations de son coach virtuel et celles bien réelles de son entraîneur de volleyball. Entre chocolat noir et steak tartare, le choix se portera sur la viande rouge. Nos tourtereaux décident de compléter leur choix par l’analyse de leur activité physique quotidienne. Il est 11 h 29, Anaïs a parcouru 3670 pas contre 1256 pour Aloïs. Et pour leur bien-être émotionnel, Anaïs a besoin de 15 minutes d’une odeur de sous-bois et Aloïs de 10 cris de mouettes doublés de clapotis de vagues. Leurs smartphones consolident toutes les données et la géolocalisation leur fournit l’adresse de leur restaurant respectif. Anaïs se rendra donc à Sauvabelin à «Vegifit» et Aloïs à Ouchy au «Bon couteau». Chacun s’installe à une table et lance l’application «Skype». Enfin une vraie rencontre pour partager un repas!

Depuis plus de vingt ans, nous nous intéressons aux préoccupations des mangeurs, que ce soit pour créer de nouveaux produits ou pour les conseiller dans leur alimentation. Les mangeurs nous semblent souvent perplexes, car assaillis de toute part de conseils contradictoires. Ils sont avides de solutions innovantes qui pourraient simplifier drastiquement leurs choix alimentaires. Ces bracelets connectés et les apps liées semblent remplir toutes leurs attentes. Plus besoin de réfléchir, plus besoin de s’écouter, un clic et tout est dit. Malheureusement, les conseils prodigués ne sont de loin pas tous pertinents. Ce genre d’innovation connectée pourrait même sortir de la sphère privée. Eh oui, il semblerait que quelques grandes entreprises dont certains assureurs maladie rêvent d’avoir accès aux mesures en live de notre mode vie pour mieux mesurer les risques.

Avril 2016, Anaïs jette son bracelet au fond d’un tiroir. Elle a craqué pour Anatole sans profil Tinder mais avec un si beau sourire et elle ne compte plus ses pas mais les papillons dans son ventre. Son secret pour un repas en amoureux réussi: le contact réel de deux mains physiquement connectées et… surtout pas de brocoli.

Chronique écrite en collaboration avec Natalie Sarrasin, professeur de marketing à la HES-SO Valais

La face obscure de l’innovation

Il y a quelques années, j’ai dû renouveler le parc automobile familial qui se résume à une voiture. En Valais, impossible de faire sans quand on habite une vallée latérale. Les transports publics c’est bien, mais pas en-dehors des heures de bureau. Je voulais une voiture petite mais pas trop, avec cinq places, un grand coffre et, évidemment, qui soit jolie. N’ayant que peu d’intérêt pour les engins motorisés et peu de connaissance technique,

je me lance à la recherche de LA voiture la plus écologique possible.

Et oui, après le brocoli, l’écologie est mon péché mignon. Commence alors le parcours de la combattante: comparaison des marques, visite des concessionnaires peu habitués à donner des infos sur les capacités écologiques de leurs modèles, déchiffrage des descriptions techniques en police d’écriture Arial 0.5, décryptage des arguments de vente avec l’aide de notre spécialiste marketing qui, elle, est moins sensible à l’écologie quand il s’agit de sa voiture,… j’en passe et des meilleures. L’innovation annoncée par le fabriquant me semble, finalement, le meilleur garant de la fiabilité écologique. Je porte mon choix sur une Seat diesel «Ecomotive» qui répond de façon totalement novatrice et exemplaire aux standards écologiques les plus exigeants – disons plutôt qui était censée répondre.

Bien consciente que l’éthique écologique a un prix – et pas des moindres – j’accepte de payer ma nouvelle voiture plus chère que son équivalente traditionnelle. Et oui, l’innovation a aussi un prix. Depuis, je roule fièrement, avec modération toutefois, au volant de mon nouvel engin, persuadée d’avoir choisi LE modèle écologique par excellence. Merci l’innovation!

Coup de tonnerre ce 20 septembre 2015: Volkswagen reconnaît avoir trompé ses clients sur les capacités écologiques de certains de ses véhicules. Oups la marque Seat n’appartient-elle pas au groupe VW? Suis-je concernée ? Ma voiture est-elle équipée de ce logiciel trompeur?

Après quelques nuits à cogiter, je dois me résoudre à l’impensable, je me suis fait avoir.

Finalement, l’innovation ne se nichait pas dans le moteur, mais dans la manière d’obtenir le certificat de bonne conduite écologique. Le logiciel incriminé est bien plus innovant que les performances écologiques réelles de mon moteur.

Horreur, que vais-je faire de ma voiture? La vendre pour une bouchée de pain? Pour que quelqu’un d’autre pollue à ma place? L’amener à la casse en oubliant l’énergie grise et en espérant que tout sera recyclé, sauf le logiciel évidemment, même si manifestement il fonctionne parfaitement?

Me voilà un peu dans les choux…brocolis…Non, finalement, tant qu’à faire du «green (washing)» pourquoi ne pas compenser en achetant un four AAA++ pour cuire mes brocolis plus écologiquement! D’autres suggestions? Envoyer vos idées à ohoui@brocoli.ch.

Chronique des vendredis de l’innovation, parution dans le Nouvelliste du 16 octobre 2015,
Anne-Claude Luisier, avec la collaboration de Natalie Sarrasin.

Innovant le brocoli ?

Kodak, une machine à innover, 19’000 brevets déposés, met la clé sous le paillasson.

Comment une entreprise aux bénéfices presque indécents qui vendait des pellicules photographiques comme aujourd’hui des capsules de café a-t-elle pu disparaître en un clic du paysage de la photo. «Clic Clac Kodak!» Pourtant la photo n’a jamais été aussi présente dans nos vies. «Un petit selfie?»

Plus près de nous, il y a quelques années à l’ère de la malbouffe nous cherchions à faire manger des brocolis aux enfants. En bonnes ingénieure et marketeuse, nous tentâmes tout d’abord le développement d’un prototype révolutionnaire comme vous ne le verrez jamais. Nous avions utilisé des brocolis de qualité (vitamines et sels minéraux garantis) que nous avions travaillés à la façon cuisine moléculaire. Technologies de pointe, prix de revient imbattable, marché immense.

Au revoir Popeye et ses épinards, le brocoli revisité deviendra la référence en matière de légume vert.

Oui mais… tellement innovant ce produit que finalement indéfinissable. Lors d’un premier test, pas un consommateur n’est arrivé à savoir s’il l’aimait ou pas. Nous, êtres humains, aimons reconnaître ce que nous mangeons. Nous avions ainsi expérimenté la variante «être innovant et ne pas naître».

Fortes de cette expérience, nous avons tenté une approche différente. Mais qu’est-ce qui peut bien nous amener à manger des brocolis? (Entre nous, c’est quand la dernière fois que vous avez mangé des brocolis? Envoyez vos réponses à ohoui@brocoli.ch). Euréka! Et si le plaisir était la clé? Peut-on avoir du plaisir à manger des brocolis? Un pari fou? Pas tant que ça. Nous décidons de créer des outils pédagogiques destinés aux enfants qui légitiment le plaisir de manger des légumes. Où est l’innovation dans tout ça? Il a déjà fallu oser emprunter une autre voie que celle de gravir la pyramide alimentaire et démontrer qu’un enfant peut prendre du plaisir à manger des légumes. Oui, le plaisir est l’ingrédient essentiel d’une alimentation équilibrée. Au revoir le produit technologique non identifiable, bonjour la dégustation expérientielle du brocoli!

L’innovation ne sera pas dans le produit,
mais dans la démarche pédagogique.

Résultat: aujourd’hui à l’école, des milliers d’enfants en Valais, en Romandie et même en Suisse allemande découvrent avec enthousiasme les saveurs subtiles du vrai brocoli.

La leçon de notre expérience? Se lancer dans l’innovation, c’est être à l’écoute de l’air du temps et de son client, oser affronter l’échec, apprendre de ses erreurs et dénicher l’idée qui fera sens! La nouveauté gagnante est celle qui est adoptée par un nombre suffisant d’utilisateurs. Ces derniers la trouveront utile et pratique. Leur vie en sera facilitée.

Bye, bye Instamatic et les photos développées, bonjour Instagram et le partage instantané.

 

Chronique des vendredis de l’innovation, parution dans le Nouvelliste du 18 septembre 2015,
Anne-Claude Luisier, avec la collaboration de Natalie Sarrasin.